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Dimanche 25 Juin 2017
à 14:53
News -- Nationale
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  • On vous le dit

    - Trois ans de prison pour usage de faux à la BNA de Chlef Le tribunal de Chlef a rendu, hier, son verdict dans l’affaire de faux et usage de faux impliquant deux  personnes  étrangères  à la banque et dix fonctionnaires de la BEA et de la BNA de Chlef, dont des directeurs et des caissiers. Le principal accusé, A. B., étranger aux établissements financiers en question, a écopé de 3 ans de prison ferme. Ce dernier falsifiait les reçus d’encaissement  de la pension en devises de sa mère et gonflait leur montant. Il a ainsi pu effectuer quatre opérations frauduleuses qui lui ont rapporté beaucoup de devises au niveau des trois agences des banques publiques citées. Quant aux responsables et agents de la BEA et des deux agences de la BNA de Chlef, poursuivis pour «négligence, bénéfice d’avantages indus et non-dénonciation de crime», ils ont bénéficié de l’acquittement pour certains et de la prison avec sursis pour d’autres. Ainsi, trois employés, dont deux femmes, ont été acquittés tandis que sept autres fonctionnaires et un particulier vendeur de devises ont été condamnés chacun  à six mois de prison avec sursis. - Découverte de diamants spatiaux d’une planète disparue Un groupe de scientifiques suisses, français et allemands a analysé un diamant spatial découvert dans le fragment d’une uréilite (un type rare de météorite pierreuse) qui était tombé en 2008 dans le désert de Nubie, au Soudan. Les résultats de leur recherche ont été publiés dans la revue scientifique Nature Communications. Les spécialistes ont précisé que ce diamant avait environ 4,55 milliards d’années. Sa composition et sa morphologie montrent qu’il a été formé sous haute pression (environ 20 giga pascals). Selon les chercheurs, cela peut signifier qu’il s’est désassocié d’une protoplanète dont la taille était entre celle de Mercure et celle de Mars. Cette recherche fournit des «preuves» que la formation-parente de cette uréilite a été l’une de ces grandes planètes «perdues» avant qu’elle n’ait été détruite suite à une collision, précisent les auteurs de l’article. - Tlemcen : hommage à Omar Dib Aujourd’hui à Tlemcen, un hommage sera rendu à feu Omar Dib. Conteur par excellence et homme de culture, cet homme a marqué son passage par son dévouement à sa cause : la protection de l’histoire et de la culture en travaillant corps et âme dans l’association Les Amis du vieux Tlemcen, lors de la période coloniale, puis à l’indépendance dans l’association Les Amis du livre. En plus de ses livres et de ses actions pour la culture, notamment lors de la manifestation «Tlemcen, capitale de la culture islamique», il était très connu par son émission «Hawas bi aïnak yal warchane» (Promène-toi tourterelle), où il contait avec son accent tlemcénien moult histoires et légendes liées à la cité des Zianides. Fervent défenseur de l’Islam maghrébin et du soufisme, Omar Dib, cousin de l’écrivain Mohammed Dib, est ancré dans la mémoire de ses amis et de ses disciples qui lui rendent hommage aujourd’hui. - L’université Blida 1 communique mieux Suite aux orientations du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, l’université Saâd Dahleb Blida 1 vient de connaître l’élargissement de sa cellule de communication aux différentes facultés et instituts de cette université. Ainsi, dans chaque faculté ou institut existe un représentant de la communication lié directement à la cellule centrale de la communication de l’université. Le but de cette «restructuration» est de promouvoir une communication de qualité au milieu de toute la communauté universitaire (enseignants, étudiants, administratifs), et ce, à travers le support papier (revue…), site web, web tv, réseaux sociaux… «Cela nous aidera aussi à avoir toutes les informations utiles aux journalistes. C’est ce qu’on appelle avoir l’info qu’il faut au temps qu’il faut», déclare Boutheldja Abderrahmane, premier responsable de la communication au sein de l’université Blida 1. - Journée parlementaire sur les TIC et le transport Ooredoo, une entreprise active dans le développement de l’économie nationale a participé, le mardi 17 avril 2018 à la journée parlementaire organisée au siège de l’Assemblée populaire nationale (APN), par la commission des transports, de la communication et des télécommunications de l’APN, sous le thème «Le rôle des secteurs des transports, de la Poste et des télécommunications dans le développement de l’économie nationale». En présence de l’ensemble de l’encadrement supérieur de Ooredoo qui a pris part à cette journée, et devant des membres du Parlement, d’experts, de spécialistes, des médias et d’autres acteurs opérant dans le secteur des TIC, Ramdane Djezaïri, directeur opérationnel chargé des relations publiques et médias de Ooredoo, a détaillé l’apport de Ooredoo à l’économie nationale, à travers notamment les investissements, la fiscalité, l’emploi, l’innovation, la responsabilité sociétale et le sponsoring.



  • 20 Avril 1980 : Une Génération de combat

    A visage découvert et drapeau de la liberté déployé, la génération d’Avril 1980 prend le pari risqué de la modernité politique. Un acte fondateur d’une portée historique intangible. Le Printemps berbère d’avril 1980 marque un moment de rupture globale avec un ordre politique autoritaire adossé à une idéologie factice. A la vision exclusiviste édifiée sur le système de parti, de langue, de religion, de culture et de pensée unique de nature violente, Avril 1980 oppose et propose une autre conception de l’Algérie. Un autre modèle de société fondé sur le pluralisme politique, les libertés démocratiques et la diversité culturelle et linguistique. C’est la formulation d’un projet démocratique cohérent précurseur. A contre-courant d’un récit national glorificateur, sacralisant, figé et dogmatique, les thèses d’Avril portent un projet national enraciné dans la réalité historique de l’Algérie et qui est dans le même temps tourné vers un avenir ouvert en résonance avec les aspirations d’émancipation. Et c’est en ce sens que le Printemps d’avril 1980 est permanent. Il inaugure une nouvelle séquence historique impérissable. Partie de Kabylie, cette flamme de liberté ne s’est jamais éteinte. Son onde de choc a débordé les frontières nationales et ne cesse de secouer l’histoire et les mémoires. En libérant des énergies, mobilisant des forces politiques et sociales, elle s’incarne en un mouvement qui se met en marche et qui part à la reconquête de ce qui a été véritablement la profondeur civilisationnelle du sous-continent. Face à l’épreuve du temps, mais surtout face aux multiples formes de répression et de persécution, le mouvement n’a pas dévié de sa trajectoire. Il n’a pas cédé. Sur «le chemin du devoir», la dynamique enclenchée à partir de l’université de Tizi Ouzou engrange des victoires. De bataille en bataille, ses idées triomphent et gagnent des espaces. Les acquis sont indéniables. Avril 1980, c’est aussi une rupture générationnelle, car ce moment est aussi et surtout des hommes et des femmes – à peine la trentaine pour les plus âgés d’entre eux– qui vont décider de rompre avec un personnel politique sclérosé et une élite intellectuelle assujettie. A visage découvert et drapeau de la liberté déployé, la génération d’Avril 1980 prend le pari risqué de la modernité politique. Se réclamant des idées progressistes qui ont présidé à la lutte de Libération nationale, elle affronte sur le terrain politique, idéologique et intellectuel le système du parti unique et ses caciques. C’est une poignée de militants composée d’étudiants, médecins et syndicalistes qui va défier l’ogre autoritaire. Dans un contexte d’une hostilité rare, elle réussit à briser le silence national imposé à tous et à ouvrir une brèche dans le congélant mur de l’autoritarisme. Une irruption soudaine et fracassante dans le champ politique national qui fait voler en éclats la doxa nationaliste. Le mythe tombe. Dans une diversité politique et philosophique affirmée, cette génération pionnière décide de penser et d’agir autrement. Elle se projette dans un autre destin en assumant sa part du devoir. Débarrassée du carcan idéologique qui plombe le pays, elle écrit une exaltante histoire en phase avec les aspirations d’un peuple opprimé. Renouer avec un passé millénaire et se rattacher à l’universel en portant des revendications de liberté d’expression, de liberté de conscience, d’émancipation, de droits de l’homme et de justice. Telle était la tâche à laquelle cette génération s’est attelée. C’est en ce sens qu’Avril 1980 était une révolution et ses acteurs des révolutionnaires. Ils s’appellent Mouloud Mammeri, Saïd Sadi, Ali Yahia Abdennour, Djamel Zenati, Saïd Khelil, Mouloud Lounaouci, Rachid Halet, Arezki Aït Larbi, Hend Sadi, Achour Belghezli, Mustapha Bacha, Boukrif Salah, Salem Chaker, Ferhat Mhenni et beaucoup d’autres. Portés par une population fière d’eux, ils vont affronter tête haute la redoutable Sécurité militaire, la persécution et la propagande du parti unique. Ils vont surtout connaître l’impitoyable Cour de sûreté de l’Etat et les affres des sinistres bagnes de Berrouaghia et de Lambèse. Ils ne courbent pas l’échine. Ils ont fait l’histoire, parce qu’ils ont agi en initiateurs d’un combat long. De prison, ils ressortent aguerris. Renforcés dans leur conviction, ils font douter les tenants du pouvoir et déstabilisent leurs certitudes. Déterminés, ils poursuivent inlassablement le combat sur plusieurs fronts. Au sein du MCB, dans la Ligue des droits de l’homme, au sein du mouvement associatif et dans les syndicats. Il n’est pas prétentieux de dire que cette génération a forgé une conscience politique, a fait avancer les idées les plus éclairées. Sa lutte est permanente. Et c’est elle qui va donner naissance et vie au combat démocratique et progressiste au lendemain de l’instauration du pluralisme politique. Dans la phase démocratique – dévoyée –, les acteurs d’Avril 1980 vont encore et toujours se retrouver en première ligne de combat contre à la fois la dictature et son «fils légitime» qui était l’islamisme radical. Avec la même fougue, ils continuent de réenchanter l’idéal démocratique. Venue de loin, la génération d’Avril n’est pas finie.  



  • Le nécessaire plan de sauvetage

    Avec la dévaluation du dinar, la hausse continue du coût d’exploitation et d’entretien, le surplus d’emplois non productifs, et une flotte devant être rajeunie, Air Algérie traverse une situation financière difficile, malgré une hausse de 3% de son chiffre d’affaires enregistrée en 2017, et arrêté à 91 milliards de dinars. En dépit d’un chiffre d’affaires «en hausse», la situation financière d’Air Algérie reste très difficile, en raison de «la hausse» de ses dépenses. C’est ce qu’a affirmé, mardi dernier, le directeur commercial de la compagnie, Zouhir Houaoui, devant un parterre de députés, à l’occasion de la journée parlementaire sur le rôle du secteur des transports et de la poste et télécommunications, dans le développement de l’économie nationale. Avec une flotte de 59 avions, d’une moyenne de 10 ans d’âge, nécessitant un renouvellement et un renforcement, à moyen terme, la compagnie assure 43 destinations internationales à travers 26 pays, dont 16 européennes, 11 vers la  France, 9 vers les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, et 5 vers les pays africains. En 2017, la compagnie, qui emploie quelque 9000 travailleurs, a transporté 4,302 millions de passagers vers l’étranger, ce qui représente 67,5% de l’ensemble de ses dessertes, sachant que la destination française occupe 58% du volume des vols internationaux. Avec ses 29 dessertes locales, elle a transporté 1,972 million de voyageurs en 2016, soit 31% de l’ensemble de ses passagers. M. Houaoui, au nom du directeur général, affirme que la compagnie met 48% de ses vols au service du développement des dessertes locales, alors qu’elles ne constituent que 9% de son chiffre d’affaires, qui a enregistré, en 2017, soit 3% de hausse par rapport à 2016, puisqu’il a atteint  91 milliards de dinars. Sur l’activité de l’entretien, Houaoui a fait état des avancées dans ce domaine qui, selon lui, a enregistré un chiffre d’affaires de 297 millions de dinars, alors que les activités cargo et restauration ont généré un chiffre d’affaires respectif de 2,116 milliards de dinars et de 1,69 milliard de dinars, toujours en 2016. Le responsable fait remarquer à l’assistance que depuis 1997, date du passage à l’autonomie financière, la compagnie «n’a jamais bénéficié d’un quelconque assainissement financier, et que toutes ses dépenses ont été faites sur ses fonds propres». Ces efforts sont mis à rude épreuve par une situation financière «très difficile»,  explique l’intervenant. Les raisons sont liées «à la chute de la valeur du dinar qui a eu des incidences sur les investissements et les dépenses liées à l’exploitation, engendrant des dettes énormes, mais aussi d’autres facteurs, en lien avec le nombre d’emplois improductifs, la limitation des prix des billets sur le réseau interne, et les mouvements sociaux enclenchés par les organisations syndicales. Cette situation appelle à des mesures importantes à même d’aider la compagnie à se redresser et à se réapproprier sa place dans cet environnement très concurrentiel». Pour lui, il est «important de  réduire les coûts d’exploitation, d’intensifier la coopération avec les instances et entreprises partenaires, d’améliorer la communication avec les clients et de renégocier les conventions aériennes internationales» mais aussi «d’augmenter les capacités de vol», à travers un programme «d’acquisition de nouveaux avions» à l’horizon 2023. A ce titre, M. Houaoui a indiqué que la compagnie a obtenu, au mois de mars dernier, l’accord de principe pour le rééchelonnement de ses dettes. Ce qui lui permettra, a-t-il déclaré, d’entamer la mise en œuvre de son programme de développement 2019-2023. Il a également indiqué que le CPE (Conseil de participation de l’Etat) a donné son accord pour le paiement de l’indemnité du service public pour couvrir les pertes enregistrées dans le réseau domestique et l’exemption des taxes douanières appliquées aux équipements utilisés, notamment dans la maintenance des avions et autres équipements. Ces décisions, a-t-il expliqué, aideront la compagnie à faire face à la baisse de ses recettes, engendrée par une indemnité financière insuffisante dans le réseau interne, la chute de la valeur du dinar et le déséquilibre dans les conventions aériennes avec les compagnies étrangères. Le  responsable a évoqué également le renouvellement, à moyen terme, de la flotte, le renforcement des capacités de l’activité maintenance, l’entrée en service du centre principal de la nouvelle aérogare d’Alger, la numérisation des opérations administratives et des modes opérationnels et la formation des travailleurs. Autant de mesures, a-t-il conclu, prévues dans la stratégie de l’entreprise, qui sont nécessaires et urgentes à entreprendre pour que Air Algérie, puisse sortir de la zone de turbulences.



  • Un moment fondateur

    Avril 80  peut être interprété comme l’expression d’une volonté de réécrire un récit national loin du mythe, du délire, du mensonge et de l’arrangement. Un récit plus conforme à la vérité historique par l’adjonction des fragments manquants et la réhabilitation des mémoires interdites. Avril 80 est un moment historiquement dense. A partir de l’angle culturel, le printemps berbère réexamine les différents aspects de la problématique algérienne. Pour mieux restituer le sens profond de ce moment fondateur, il convient de rappeler à grands traits le contexte national et international de l’époque. L’échec des expériences de modernisation autoritaire survient dans un monde en pleine mutation. En effet, les premiers signes de fissuration du bloc soviétique apparaissent au moment même où l’offensive néolibérale annonce les prémices d’un paradigme nouveau devant présider à l’administration de la planète : la mondialisation. L’Amérique latine et l’Europe méridionale entament leur transition démocratique, l’Asie sort de sa longue léthargie pour montrer un dynamisme économique insoupçonné et l’islamisme le plus radical prend le pouvoir en Iran. L’ancien système mondial d’alliances s’effrite et les autoritarismes du Sud paniquent. Et pour pouvoir durer, ils se mettent en quête de nouvelles ressources politico-idéologiques et osent même se laisser tenter par les pires collusions, comme la connivence avec l’islamisme dans le cas de l’Algérie. Nos dirigeants ont promis le développement, un développement par ordonnance, sans notre avis ni notre participation. Nous avons eu le sous-développement, l’obscurité et la peur du lendemain. L’échec est patent et l’exaspération sociale est à son comble. Avril 80 est une incursion dans ce monde hésitant et l’univers incertain de l’autoritarisme. Avril 80 peut être interprété comme l’expression d’une volonté de réécrire un récit national loin du mythe, du délire, du mensonge et de l’arrangement. Un récit plus conforme à la vérité historique par l’adjonction des fragments manquants et la réhabilitation des mémoires interdites. Non, l’histoire de l’Algérie ne commence pas au VIIe siècle et ne saurait se réduire à l’épopée novembriste. Un récit par ailleurs ancré dans le réel par la réappropriation du temps et de l’espace. L’irruption soudaine et prolongée des populations dans le champ public a en effet ouvert de nouvelles perspectives. L’initiative a changé de camp. Et à ce titre, avril 80 est un moment de modernité. Il a bousculé, agacé. Mais il a éveillé et osé montrer de la vie dans une société supposée morte car «consentante». Le citoyen découvre avec surprise et soulagement qu’il existe autre chose en dehors du parti unique. Avril 80 a révélé d’autres lieux, d’autres sons, d’autres figures. Il a mis en lumière d’autres manières de voir, de concevoir, d’imaginer demain. L’exigence de citoyenneté est par ailleurs au cœur de l’esprit d’avril 80. La réalité est plurielle et elle doit être reconnue comme telle. La démocratie n’est pas dans l’existence des différences. Elle est dans l’aménagement des espaces pour l’expression libre de ces différences. Le mouvement a su éviter l’impasse la plus redoutée, la plus redoutable, celle du repli, du rejet de l’autre, autrement dit l’affirmation par l’exaltation de la différence en réaction à la négation de cette même différence. La dictature a parfaitement saisi l’enjeu. Pour elle, parler autrement peut préparer à penser autrement et à terme, susciter d’autres droits, comme le droit de regard, le droit de choisir, le droit de s’organiser, d’entreprendre, etc. Un système sans mémoire L’appel de la culture, compris comme la liberté de création au sens le plus étendu, et le ressourcement dans la profondeur historique partagée par tout le nord de l’Afrique pouvaient constituer une réponse aussi bien à l’impasse autoritaire qu’au défi d’un monde en pleine mutation. Hélas, aveuglés par la seule question du pouvoir, nos dirigeants ont depuis longtemps perdu le sens des perspectives historiques. Aussi, face au Printemps 80, ils feront le choix de la répression, de la guerre idéologique et de la propagande la plus odieuse. Tous les métiers détestables de la dictature sont mobilisés pour pervertir le mouvement : intoxication, infiltration, noyautage, manipulation et autres. Les Kabyles sont accusés de séparatisme et de complot contre l’Etat. Ils sont également accusés d’avoir brûlé le Coran et souillé le drapeau. Cela a eu pour résultat immédiat de créer un effet d’aubaine dans les milieux conservateurs et au-delà. Comment interpréter une telle démarche irresponsable sinon comme un feu vert à toutes sortes de dérives, un appel au crime ? L’inquisition islamiste ou la gâchette facile des services de sécurité ne trouvent-elles pas là leur explication ? N’est-ce pas là la meilleure manière de mener à bien la fracturation nationale ? Nulle part dans le monde il n’existe de problème identitaire. En revanche, il y a des stratégies identitaires. Elles sont à l’origine des plus grands drames de l’humanité. Notre pays a eu à en payer le prix fort. En effet, en déplaçant la problématique d’Avril 80 du terrain politique vers le terrain idéologique, le pouvoir a rendu possible l’évolution la plus sombre pour le pays. La décennie sanglante est la conséquence directe la plus visible. Mais en dépit de toutes les tragédies vécues, nos dirigeants ne semblent pas avoir exorcisé en eux cette tendance irrésistible à l’inamovibilité, tentation à vouloir rester à n’importe quel prix. Une existence sans vie Aujourd’hui, tamazight jouit d’une reconnaissance formelle. Ce n’est pas rien. Toutefois, elle est sans existence réelle. La promotion de tamazight va très vite buter sur le mur où se sont déjà fracassés le multipartisme, le droit de grève, la liberté de culte, la liberté d’expression, le droit de choisir librement les gouvernants, la liberté d’entreprise ; bref, toutes les libertés individuelles et collectives. Il s’agit bien sûr de l’absence de l’Etat de droit et de la médiation démocratique. L’académie portera les limites liées à la nature du système et à l’état des libertés publiques en situation autoritaire. L’autoritarisme impose des limites à l’intérieur desquelles aucune forme de liberté ne peut exister. Le propre des constructions virtuelles est d’offrir de l’illusion. Celle-ci peut tromper. Elle peut également «séduire». L’impatience, source de tous les opportunismes, se charge du reste. Il s’exprime déjà un droit de propriété sur la future Académie de la part de certains au titre de leur engagement réel ou supposé pour la cause amazighe. Cette attitude néo-patrimonialiste n’est pas sans rappeler la légitimité historique dont se drape l’autoritarisme pour justifier sa longévité. Pour les besoins de ses échafaudages à venir, le pouvoir semble vouloir encourager l’émergence d’interlocuteurs «sur mesure» en Kabylie. Les candidats, comme d’habitude, ne manquent pas. L’officialisation de Yennayer a déjà donné lieu à une profusion de propos répugnants faisant l’éloge du pouvoir et tenus par de piètres chefaillons sans racines et dont le seul domaine d’excellence est le grenouillage et l’offre de service. Ils n’ont même pas l’envergure des grands traîtres. C'est-à-dire trahir la tête haute, en assumant, sans avoir à se cacher derrière un accent, une posture ou une paire de lunettes. Encore et toujours la Kabylie La Kabylie est sans cesse suspectée et constamment sommée de prouver sa loyauté. Après chaque preuve, il est exigé d’elle une autre preuve, puis la preuve de la preuve et ainsi jusqu’à frôler l’affront. Cette récurrente mise à l’épreuve cache en réalité un mépris inavoué et un rejet inavouable. Le délit de kabylité est là. Il est le résultat d’une élaboration lente et ancienne et tire ses origines dans le mouvement national. La Kabylie a de tout temps évolué sur le fil du rasoir. Pourtant, jamais la Kabylie n’a formulé la moindre demande spécifique, la moindre revendication pour elle-même. Les combats portés par la Kabylie sont des combats pour tous. Ils ont toujours eu pour effet de propulser tout le pays vers moins d’arbitraire et plus de liberté. Elle a payé cher et seule cet engagement pour tous. On ne peut à la fois pratiquer l’isolement de la Kabylie et lui faire un procès en sécession. Elle est en ce moment victime d’un déni de développement flagrant. De hauts responsables de l’Etat le concèdent. Cette politique d’exclusion sournoise doit cesser. Tout ce qui a été dit, écrit et fait contre la Kabylie déshonore la République. L’Etat ne peut se dérober au devoir de repentance et de réparation. La Kabylie n’est pas destinée à être une province turque juste bonne à payer l’impôt. Pas plus qu’elle n’est condamnée à servir de lest dans des rééquilibrages occultes ou à subir indéfiniment et sans réagir aux descentes punitives d’Alger. Le vivre-ensemble impose un devoir de communion et de solidarité. Nos compatriotes des autres régions ne peuvent l’ignorer. Ce devoir doit se manifester clairement et maintenant. Si les luttes démocratiques ont du mal à aboutir, c’est principalement en raison de ces énergies manquantes, défaillantes et parfois même très complaisantes et bienveillantes avec le régime en place. L’unité ne peut exister dans l’absolu. Elle s’incarne toujours dans un destin commun, un idéal partagé. Quelle issue ? Les temps sont certes difficiles. La crise, dans son intensité et ses effets, est masquée par un unanimisme strict n’autorisant aucune critique ni même le droit au doute. Les effets de la décennie sanglante agissent encore comme argument de dissuasion et bloquent psychologiquement toute possibilité de solution. Cependant, le statu quo est indéniablement le choix le plus dangereux car il prépare au pire. La bataille pour l’Etat de droit et les libertés est celle de tous. Les segments propres et crédibles de la société doivent se rencontrer, échanger et projeter ensemble pour épargner au pays une dislocation certaine. Pour exister dans ce monde impitoyable, les solutions ne sont pas seulement d’ordre national. Elles sont aussi et surtout d’ordre régional. Il faut vite se mettre au travail.  Cela exige en premier de mettre un terme à l’aventure et à la provocation. Infliger au pays davantage d’humiliation ne peut être sans conséquences. La commémoration du Printemps berbère doit se faire sous le signe de la résurgence citoyenne et du rassemblement des forces démocratiques. L’esprit du 20 Avril est un capital capable aujourd’hui de fédérer les énergies saines et de réaliser les convergences nécessaires. Avril 80 doit être réinventé tous les jours.  



  • 20 avril 1980- 20 avril 2018 : La longue marche

    Les autorités mettent, sans tact, à exécution les instructions du pouvoir central pour marquer, de la façon la plus solennelle, cette date-symbole. La célébration de l’anniversaire du Printemps berbère, 20 avril 1980, prend ces deux dernières années un coup d’aiguillon qui, en Kabylie, stimule la mobilisation autour de la cause amazighe. La date mobilise toujours, alors que le pouvoir politique a cru avoir, en lâchant du lest sous la pression de la rue, soustrait la question aux milieux de la militance amazighe. Les derniers acquis arrachés, dont la constitutionnalisation de tamazight comme langue officielle et l’institutionnalisation de Yennayer fête nationale, n’ont finalement pas produit l’effet escompté par les autorités publiques. L’anniversaire du Printemps berbère de cette année, le 38e, intervient à la fois dans cet esprit de continuité du combat et sur un terrain où le pouvoir ne s’avoue pas vaincu. Il tente, comme pour Yennayer, de grignoter dans la grande symbolique du 20 Avril et de s’approprier cette date en se plaçant dans l’événement. En Kabylie, les autorités mettent, sans tact, en exécution les instructions du pouvoir central pour marquer de la façon la plus solennelle cette date-symbole. Dans la continuité des cérémonies officielles de l’année dernière, l’implication de l’Etat sonne le folklore par l’intitulé même des programmes qui donnent un cachet de fête à l’événement. A Béjaïa, les «festivités» officielles démarrent, aujourd’hui avec une «exposition folklorique sur l’esplanade de la maison de la culture». Assumé pleinement dans la littérature officielle, le cachet folklorique se prolongera avec «une fête traditionnelle et un défilé de mode», auxquels la délégation officielle assistera en passant par «une exposition d’arts». Les autorités ont décidé, cette année, de rendre hommage à certains «artistes et écrivains qui ont contribué à la promotion de l’art et de la littérature amazighs». La liste comprend Brahim Tazaghart, Yergui Mohamed, Boudjemaa Agraw, Kaci Bousaad et d’autres noms moins connus. S’il n’y a pas de doute sur l’engagement militant de ces artistes et écrivains, force est de constater que les autorités sont prudentes à mettre en exergue le statut de militants du MCB de certains d’entre eux. Cette prudence contraste avec les hommages rendus par la société civile pour les Mohamed Haroun, Matoub Lounès et bien d’autres militants symboles du combat identitaire du temps des pires bâillonnements. A Aokas, par exemple, on rendra hommage à l’un des fondateurs de l’Académie berbère, Rahmani Abdelkader. A Chemini, on jouera une pièce théâtrale en hommage aux martyrs du printemps noir 2001. A la même occasion, la fondation Matoub a produit une pièce de théâtre, Hymne à l’identité, qui rend hommage au Rebelle et qui ne sera jouée au Théâtre régional de Béjaïa que le 27 avril. Les autorités seront au TRB pour assister, aujourd’hui, à la pièce «Hzam El Ghoula» de Abdelmalek Bouguermouh, traduite en kabyle. Le programme officiel débordera même sur la journée de demain (vendredi 20 avril), en investissant, et c’est une première, la rue qui, jusque-là et pour tous les 20 Avril qui sont passés, est l’espace exclusif des seuls collectifs militants et partis. Cette fois-ci, le wali intérimaire donnera le coup d’envoi pour un défilé qui partira de la Maison de la culture vers la place Saïd Mekbel, pour clôturer des festivités qui auront été folkloriques de bout en bout. Et c’est une folklorisation qui n’a pas échappé à un collectif qui est né autour du sigle du 20 Avril 1980, re-convoqué à l’occasion. En appelant à «l’unité» et «contre l’unicité», ce collectif, qui regroupe d’anciens militants du MCB activant dans la wilaya de Béjaïa, appelle à une marche pour demain et à rejoindre celle d’aujourd’hui à laquelle a appelé un collectif d’étudiants. Qu’il y ait «pluralité d’acteurs» est pour le  Collectif tafsut 80 «autant de signes de vitalité de tamazight, de permanence du combat identitaire et de son élargissement et son adaptation aux données de l’heure jusqu’au recouvrement apaisé et irréversible de notre identité, de notre culture, de notre langue». Dans une déclaration publique, ce Collectif se dit convaincu que les manifestations de décembre 2017, en réaction à la proposition rejetée à l’APN en rapport avec tamazight, trouveront prolongement cette fois-ci, avec le même «esprit des fondamentaux» du MCB et «la maturité militante». La mobilisation dans la diversité se cristallisera «par autant de marches nécessaires dans la complémentarité des visions militantes de toutes les générations». «Conscient que rien ne nous a été donné, qu’aucun acquis n’est définitif», le Collectif commémorera ce 38e anniversaire «dans la vigilance citoyenne». «Le respect de la diversité est l’un des grands acquis du combat identitaire permanent» considère- t-il, en invitant les étudiants à marcher aussi demain. Cependant pour ce vendredi, une troisième marche est au programme, c’est celle à laquelle a appelé le MAK qui, à chaque 20 avril, arrive à mobiliser ses troupes, plus que tout autre parti ou collectif. Le MAK marchera avec ses propres mots d’ordre pour «l’indépendance de la Kabylie» dans les trois chefs-lieux de wilaya de Béjaïa, Tizi Ouzou et Bouira. Les marcheurs du MAK, du Collectif avril 80 ou des étudiants se rencontreront ou se croiseront sur le même axe qu’empruntera, dans un cadre festif, le défilé, joyeux et certainement coloré, des autorités.  



  • Avril 1980 : Echos et acquis d’un combat

    On a beaucoup écrit sur le Printemps amazigh d’Avril 1980. Des études universitaires, des récits, des témoignages et des manifestations commémoratives viennent régulièrement  rappeler l’originalité de l’événement, notamment dans sa manifestation pacifique et son expression plurielle. Il reste, aujourd’hui, à interroger cette séquence dans sa trajectoire historique et évaluer ses incidences géopolitiques. Comment des jeunes coupés de leur mémoire et exclus des débats sont-ils parvenus à reformuler un récit national congelé par la propagande, en explorer librement la substance pour y semer des vérités peu orthodoxes qui, aujourd’hui, s’imposent à tous ? Comment se fait-il qu’au-delà de reflux épisodiques, la quête de vérité historique, de modernité et de transparence insufflée en 1980 dure, mieux, elle continue de diffuser dans les espaces les plus inattendus. L’héritage était pourtant lourd. La violence opposée à la tentative de lycéens du MTLD de soulever, dès 1949, des questions politiques et institutionnelles qui se posent toujours au pays eut des conséquences terribles. Depuis cet étouffement, l’équation algérienne fut réduite à sa forme la plus rêche : rapport de force, opacité et unicisme. Le projet tué dans l’œuf en 1949 fut suivi en 1954 par une précipitation du déclenchement de la guerre qui engendra un coût humain et matériel démesuré et l’Etat démocratique et social préfiguré à la Soummam en 1956 fut rapidement attaqué. Des analyses de ces trois séismes politiques émergèrent deux conclusions qui firent consensus : avec sa dimension amazighe, la redéfinition d’une entité algérienne plurielle devait être affirmée en tant que préalable au projet démocratique national. Le postulat ne devant, par ailleurs, être aliéné par aucun agenda politique ou électoral. Ce cheminement intellectuel, suivi simultanément au pays et dans l’émigration, se traduisit par le choix du combat pacifique — option étrangère au stock politique algérien — de l’émancipation démocratique par la culture en lieu et place de la doxa ambiante et, enfin, du pluralisme. D’où la maturation progressive d’un projet global faisant pièce à un arabo-islamisme négateur de toute altérité. Massinissa est le précurseur de la nation originelle ; Saint-Augustin prépare à Ibn Khaldoun ; la femme est incarnée par Kahina, qui annonce Fadhma n'Soumer ; l’islam sécularisé n’implique pas la section des racines. Et, dans cette histoire recomposée, le citoyen est acteur et arbitre de la cité…Plus généralement, la panamazighité confère à l’Afrique du Nord une singularité qui l’élit à un autre destin que celui de débris mimétique d’un Orient fantasmé qui a mystifié le discours nationaliste. Une révolution géopolitique. Ces propositions s’affinèrent dans une grande tolérance malgré les divergences tactiques et les provocations d’un système prêt à exploiter la moindre dissonance dans ce qui n’était encore qu’une nébuleuse. Si des polémiques n’ont pas toujours été évitées, les militants ont su tenir sur l’essentiel : ne jamais se tromper de cible. Très peu d’animateurs avaient outrepassé la dignité qu’appelle un débat d’idées. Qu’en est-il aujourd’hui ? Des sphères du mouvement, traditionnellement réfractaires aux opportunismes, aux raccourcis et aux anathèmes, sont muettes ou parasitées au point d’être inaudibles. Les universités voient leur influence intellectuelle péricliter. Le tissu associatif officiel se délite et le militantisme vénal, naguère propre aux recrues du pouvoir, s’insinue dans les rangs de l’opposition démocratique. Le débat n’y est pas indemne de violences verbales ou de surenchères populistes. Les repères se brouillent. Dans le match de l’Histoire courte et sur l’écorce sociale, le point est au pouvoir. Que peut-on en tirer comme conséquences ? Que l’étalonnage de notre combat ne doit pas se faire sur le court terme. Comme pour tout challenge inscrit dans la durée, le bilan d’étape est nécessairement nuancé. On peut regarder avec une légitime circonspection la reconnaissance de Yennayer quand on sait que le Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA) est sans président depuis 2004. On peut également supposer que l’académie amazighe sera confiée à des affidés qui en feront une instance alibi… avant que le balancier des concessions politiciennes ne reparte dans l’autre sens. Il n’empêche, pour un régime qui a proscrit dès l’indépendance le terme amazigh des textes fondamentaux du pays, ces replis tactiques sont des revers dont les prolongements ne manqueront pas, à terme, d’ouvrir des opportunités difficilement manipulables. On sait, en effet, que sur les grandes thématiques sociétales la charge symbolique finit toujours par peser, d’une manière ou d’une autre, sur l’Histoire lente qui façonne les invariants du quotidien des peuples. Malgré un environnement national désarmé moralement, Avril 1980 a globalement immunisé l’humus social kabyle contre l’intégrisme en déclenchant ou en stimulant l’estime de soi et l’auto-mobilisation collective, moteurs de la citoyenneté.Face à la politique de pollution culturelle d’Etat, des jeunes s’organisent pour nettoyer un hameau, restaurer un site archéologique ou préserver un environnement menacé. Des acteurs, se saisissant de l’outil informatique élaborent des lexiques, organisent des festivals de théâtre et de cinéma amateurs, des éditeurs, dont le ministère de la Culture ignore jusqu’à l’existence, publient des ouvrages qui rencontrent un lectorat assidu. D’une certaine manière, c’est par le même procédé que nous avions contourné le caporalisme culturel et communicationnel quand nous avions lancé au début des années 1980 la revue Tafsut dans une période glacière. Expression d’un mouvement tectonique qui transcende aléas et conjonctures, ces actions citoyennes et ces productions en amazigh sont souvent le fait de jeunes soumis à un système éducatif qui renie le libre arbitre et combat l’esprit critique. Chez la diaspora aussi, le Printemps amazigh imprègne et inspire, malgré des exils souvent douloureux, les nouvelles vagues d’émigrés. Ces populations s’adaptent et se forment en transmettant autour d’elles une mémoire positive du pays d’origine. L’exact contraire du migrant salafiste, qui vampirise les banlieues d’un Occident resté aveugle et sourd devant la barbarie qui a endeuillé l’Algérie. Lorsque la nation sera restituée à son peuple, ces catégories constitueront un appoint essentiel pour la rénovation démocratique. Au-delà de la communauté émigrée, il est loisible de constater que le printemps amazigh a débordé du pays où il a éclos. En définitive, c’est au niveau supranational que sa portée s’avère être la plus significative. Dans les faits, malgré de vraies insuffisances, c’est au Maroc que les choses avancent le mieux. Une comparaison rapide des budgets et des prérogatives de l’Institut royal de la culture amazighe (Ircam) avec la situation de son équivalent algérien, le HCA, permet de mesurer les écarts qui distinguent les mises en perspective des deux pays. La reconfiguration progressive du royaume chérifien est naturellement due aux combats menés par les démocrates marocains. Ces mêmes acteurs conviennent néanmoins que leurs luttes n’auraient pas atteint si rapidement les amplitudes qu’on leur connaît sans l’avènement du Printemps amazigh en Kabylie. L’amazighité marocaine, assimilée abusivement à la ruralité, fut longtemps révélée par un irrédentisme qui a oscillé entre manifestations à connotation tribale et appétences féodales. L’avatar du Dahir berbère de 1930, l’archaïsme contestataire du Glaoui de Marrakech en 1953, l’insurrection de Addi ou Bihi en 1957, ou celle du Rif en 1958, de même que les deux coups d’Etat avortés dirigés contre Hassan II en 1971 et 1972 renvoyaient, entre autres causes, à la marginalisation d’un monde amazighophone majoritaire dans le pays. Des hommes, comme le chercheur émérite Mohamed Chafik, avaient de grandes difficultés à imprimer de la rationalité aux diverses luttes de leur milieu. La pédagogie d’Avril 1980 ne fut pas neutre dans l’évolution de la culture de la révolte vers celle de la construction raisonnée de la démocratie qui caractérise actuellement le mouvement amazigh marocain. Plus près de nous, les démocrates tunisiens se sont durement confrontés, pour l’instant en vain, aux islamistes d’Ennadha afin d’inscrire dans leur nouvelle Constitution la dimension amazighe. Mais ce qui était un impensé politique figure désormais dans l’agenda national de nos voisins de l’est. Même dans un climat d’instabilité générale, la réappropriation de l’identité amazighe s’affirme vigoureusement en Libye. Au Sud, la question touareg, hier folklorisée ou diabolisée, s’invite dans l’aspiration au développement démocratique régional. Des télévisions égyptiennes programment des débats particulièrement vifs, où l’on voit des intervenants revendiquer leur ascendance amazighe et d’autres appeler à la réhabilitation des racines pharaoniques du pays. On a même vu, sur certaines chaines moyen-orientales, des émissions traiter du fait amazigh. C’est la première fois qu’un mouvement d’opinion, pour l’heure modeste, parti d’Afrique du Nord, se fait entendre dans un Moyen-Orient jusque-là hégémonique dans la production des idées.  A Rabat, Alger, Tunis ou dans d’autres villes libyennes, l’emblème amazigh flotte durant les manifestations. Lors du dernier congrès du RCD, avec le drapeau algérien, il figurait sur la tribune aux côtés de ceux des quatre pays invités. D’idée référentielle, l’Afrique du Nord est revendiquée en tant qu’espace matriciel. Sans en être des répliques mécaniques, ces bouleversements régionaux doivent, peu ou prou, quelque chose au Printemps amazigh. Avril 1980 a réussi parce qu’il a su faire entrer la modernité dans nos cités par adhésion et non par effraction. On sait ce qu’a provoqué la prétention «de démocratisation» de l’Irak au forceps. C’est à ces précieux acquis que chacun se doit de penser à chaque fois qu’il est appelé à s’exprimer. Aucun coup d’Etat, aucune révolution de palais, aucune ingérence étrangère n’aurait pu concevoir et faire avancer en si peu de temps un tel chantier. Ecole de la militance éthique, le printemps amazigh est la résurgence actualisée d’une culture de résistance multimillénaire, laquelle, désormais, structure méthodiquement une citoyenneté accomplie, fidèle à son histoire et compatible avec l’universalité. A ce titre, ses valeurs sont appelées à se décliner sur d’autres scènes, à se révéler dans d’autres phases historiques et résonner à travers d’autres générations. Eternel message de Jugurtha.



  • ExxonMobil prépare son implantation en Algérie

    La major américaine ExxonMobil prépare son implantation en Algérie, selon le patron de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, qui a indiqué, hier, en marge des conférences des JST à Oran, qu’il espérait un accord «dans un avenir proche». Le PDG de Sonatrach informe qu’une délégation de la compagnie américaine a fait le déplacement à Alger et a déjà tenu trois réunions avec le staff de Sonatrach. Les réunions permettent, selon Ould Kaddour, aux représentants ExxonMobil de mettre à jour leurs informations sur le groupe pétrolier et gazier algérien, dont notamment les changements intervenus en Algérie, et de s’enquérir de la situation sécuritaire du pays. «Ils ont épluché tous les détails concernant l’Algérie. Ils sont venus pour voir la réalité, comment nous fonctionnons, quel est l’état de la sécurité et de la stabilité du pays. Ils ont été bien servis puisque leur présence en Algérie a coïncidé avec la visite d’une délégation de membres du Congrès américain qui ont fait un voyage au gisement El Merk, dans le bassin de Berkine (exploité en association avec Sonatrach par l’américain Anadarko, ndlr), et ils sont revenus absolument satisfaits par les résultats de leur déplacement. A ce titre, il faut dire que la sécurité et la stabilité sont deux éléments fondamentaux dans la décision de la compagnie ExxonMobil de revenir en Algérie», insiste Ould Kaddour, qui soutient que l’épisode de Tiguentourine «relève du passé». Le patron de Sonatrach signale cependant que le rapprochement avec ExxonMobil «est un travail de longue haleine», qui nécessitera encore d’autres rencontres, «mais nous espérons réaliser quelque chose avec eux dans un futur proche». Et d’ajouter : «Nous sommes en train de leur faire connaître Sonatrach, en leur disant que l’entreprise actuelle est différente, c'est un partenaire nouveau.» Il est à rappeler que le PDG de Sonatrach a pris part, il y a quelques mois, au deuxième forum algéro-américain sur l’énergie, qualifiant ses multiples rencontres avec des dirigeants de compagnies pétrolières américaines, notamment ExxonMobil et Anadarko, de «positives».  



  • Pour un contrat de cohabitation pacifique

    Derrière les effets d'annonce et le discours apaisant du pouvoir, des manœuvres souterraines pour «normaliser» les régions berbérophones risquent d'engendrer le chaos. Ainsi donc, et depuis 2016, tamazight est langue nationale, et officielle «aussi» ! Le pouvoir, qui a érigé, dès l'indépendance, l'arabo-islamisme comme idéologie exclusive de l'Etat, et l'arabe comme langue nationale et officielle unique, a-t-il donc changé de logiciel pour une approche apaisée, qui va réconcilier l'Algérie officielle avec ses réalités socio-culturelles ? Ou s'agit-il d'une ruse de guerre pour passer le gué d'une conjoncture politique délicate, jouer la montre, et revenir à la charge au moment opportun pour donner le coup de grâce ? En passant de la répression la plus brutale contre «le berbère, création coloniale», à une gestion tout en douceur d'un «patrimoine commun à préserver», le pouvoir n'a pas renoncé pour autant à son objectif stratégique : parachever l'arabisation au nom de l'unité nationale, «normaliser» les régions contestataires qui tentent de sauvegarder leurs spécificités, et réduire l'amazighité à une survivance ancestrale, une relique muséographique, un gadget folklorique pour touristes en mal d'exotisme. A défaut de contenir le «péril berbère» par la répression, on feint d'embrasser la cause pour bien l'étouffer. Tous ceux, nourris à l'intolérance des «tawabits» fascisantes, qui avaient combattu tamazight en brandissant l'étendard des Oulémas, ont fini par adopter le discours élaboré par les officines spécialisées dans les coups tordus : «Nous sommes tous des Amazighs, même si nous avons été arabisés par l'islam… L'amazighité ne doit pas être monopolisée par une ethnie ou une région…». Au-delà de la profession de foi artificielle commanditée, cette tenue de camouflage qui revendique un «patrimoine ancestral» préhistorique ne vise, en fin de compte, qu'à légitimer sa marginalisation dans le présent, pour parachever le processus d'arabo-islamisation, si cher aux Oulémas, qui va mènera inéluctablement vers sa disparition dans le futur. Les Fatwas intolérantes des Oulémas Dans le passé, les Oulémas étaient pourtant loin d'être des modèles de patriotisme pour s'imposer comme un référent idéologique dans l'Algérie indépendante. Hormis la défense de l'islam et de la langue arabe, ils se sont bien accommodés de la présence coloniale, au point de dénoncer l'insurrection du 1er Novembre 54 comme «une aventure» ! Lorsque Radio Alger avait programmé les Elak (émissions en langues arabe et kabyle) en 1948, Cheikh El Bachir El Ibrahimi s'était insurgé contre les quelques minutes concédées à l'expression kabyle : «Quelle est cette voix discordante qui nous écorche les oreilles de temps à autre… Quelle est cette voix hideuse qui s'est élevée il y a quelques années à la Radio algérienne en diffusant des informations et des chansons en kabyle...». Après plus d'un demi-siècle d'indépendance, les néo-Oulémas ne reculent devant rien, pas même devant le révisionnisme le plus grossier, en qualifiant le Congrès de la Soummam de «putsch contre les vrais révolutionnaires et les valeurs islamiques !» Pourtant, sans Abane qui les avait ramenés à reculons dans le giron de la Révolution, ces «savants», et à quelques exceptions près, auraient fini, en 1962, avec le goudron et les plumes de la collaboration. Avec comme seule légitimité le logo d'une marque devenue incontournable, les néo-Oulémas tentent aujourd'hui de faire un nouveau croche-pied à l'histoire. En acceptant du bout des lèvres l'officialisation de tamazight pour ne pas contredire l'autorité supérieure qui a initié la nouvelle tactique, ils dressent d'infranchissables check-points sur le chemin d'une hypothétique réconciliation de l'Etat avec la nation. Leur dernière fatwa, reprise à l'unisson par tous ceux qui avaient combattu l'amazighité, aurait été hilarante si elle ne portait sur un sujet aussi sensible : «Tamazight doit s'écrire en langue (sic) arabe, et être conforme aux valeurs islamiques». En poussant cette caricature de logique dans ses derniers retranchements, les Berbères seraient en droit d'exiger d'écrire «l'arabe en Tifinagh» … Le triptyque arabité-islamité-amazighité : une imposture ! Malgré des mesures cosmétiques qui ont le mérite d'apaiser les tensions, le discours officiel a fini par montrer ses limites et révéler ses arrière-pensées. L'on se rend compte alors que le triptyque identitaire officiel — arabite-islamité-amazighité — en vogue depuis les années 90' est une imposture. Car, dans les faits, l'idéologie arabo-islamique reste dominante, sinon exclusive. La culture arabe a eu ses deux capitales : Alger en 2005 et Constantine en 2016 ; la culture islamique a eu la sienne à Tlemcen en 2011.Pour tamazight, c'est le parent pauvre que l'on cache aux convives, pour éviter la honte d'une tare congénitale. Si une langue ne peut être le «monopole d'une ethnie ou d'une région», elle appartient d'abord à ses locuteurs qui l'ont préservée des agressions de l'histoire, et qui veulent la développer dans un projet d'avenir. Il appartient donc à ces locuteurs, et à eux seuls, d'adopter la graphie de leur choix, dans le respect des traditions scripturales de chaque communauté. Depuis des millénaires, les Touareg ont préservé le Tifinagh, qui était en usage dans toute l'Afrique du Nord, et l'utilisent encore de nos jours. Depuis des siècles, les Mozabites utilisent le caractère arabe. Depuis quelques décennies, les Kabyles ont adopté l'API (Alphabet phonétique international), adapté par Mouloud Mammeri à la langue de Si Moh U M'hand. Tant que tamazight est maintenue dans un statut de langue dominée, à la merci de ceux qui l'ont toujours combattue, ses locuteurs seront assignés à résidence dans l'antichambre de l'histoire, en attendant d'être «arabisés par l'islam». La voie étroite d'une alternative pacifique Pendant ce temps, les attaques continuent. Ne pouvant relayer plus longtemps un discours hypocrite auquel ils ne croient pas, des personnages publics ont fini par laisser tomber le masque par des charges à la hussarde. Comme Mme Naïma Salhi. Au-delà de l'outrance dans la forme et de l'écume soulevée sur les réseaux sociaux, les éructations de la députée islamiste ont le mérite de poser un problème de fond. Peut-on, en effet, imposer une langue, une identité, une culture à ceux qui n'en veulent pas et qui se revendiquent d'une autre langue, d'une autre identité, d'une autre culture ? Assurément, non ! Car cela ne fera qu'exacerber les tensions et nourrir des frustrations qui risquent d'engendrer de terribles conflits. Cette illusion contre-productive est valable pour tamazight, mais aussi pour l'arabe dans ses différentes variantes : classique et dialectale. A une identité officielle, stratifiée en mille-feuilles et imposée par décret, il est temps de substituer les identités vécues, ressenties, nécessairement plurielles. Pour sortir de l'impasse, il est encore temps de définir les règles d'un contrat de cohabitation pacifique entre toutes les composantes d'une société plurielle, dans la diversité de leurs langues, de leurs cultures, de leurs religions, de leurs convictions politiques, et dans le respect des libertés de chaque citoyen et de chaque citoyenne… Dans le cadre de l'Etat-Nation actuel hérité de la colonisation, ce contrat risque d'être une chimère, un vœu pieux. Car, l'unité nationale au nom de «tawabits» (constantes) sclérosées a atteint ses limites : une nation menacée d'éclatement, une langue dominante qui peine à dominer les défis du siècle, une religion de plus en plus intolérante, et un parti unique décliné au pluriel. Il suffit pourtant d'ouvrir les yeux sur le monde pour voir l'alternative d'une voie étroite : suivre le modèle des pays civilisés comme le Canada, la Belgique ou la Suisse ; c'est la voie de l'autonomie des régions qui le souhaitent, pour préserver leurs spécificités, notamment culturelles et linguistiques… C'est le cas de la Kabylie, de la Vallée du M'zab, et probablement du Hoggar avec les Touareg. Ou s'abîmer dans un indescriptible chaos lorsque viendra à éclater le «ciment» factice qui avait maintenu par la contrainte une cohésion nationale artificielle. Comme au Rwanda, en Irak, en Libye ou en Syrie… «La main de l'étranger» Il faut, hélas, se rendre à l'évidence. A moins d'une providentielle inflexion, le pouvoir semble engagé dans le scénario du pire, malgré un discours de raison en apparence. Au-delà des manœuvres qui ont piégé le débat, une armée de «moines-soldats» salafistes est lancée à la conquête de la Kabylie. La région rebelle qui avait, dans les années 80', défié pacifiquement la dictature du parti unique, et résisté, les armes à la main, au terrorisme islamiste dans les années 90', peine à trouver ses marques et à secréter les anti-corps nécessaires à la sauvegarde de son identité, de sa culture et de sa langue. Même la pratique ancestrale d'une spiritualité apaisée commence à sentir le soufre. Ces nouveaux «missionnaires», relais d’officines occultes, sont chargés, avec de lourds moyens financiers, d'organiser la «mise à niveau de la Kabylie» en imposant un dogme étranger, radical, intolérant. Objectif : réduire ses capacités de résistance pour devenir, enfin, «une région soumise comme toutes les autres». Depuis quelques années, nos cérémonies de mariage et les rites de nos funérailles, en cours depuis des siècles, seraient illicites, nos imams pacifiques des ignares à rééduquer, et les mausolées de nos saints, des survivances païennes à détruire. Le décor est donc planté. Le discours officiel qui a souvent accompagné la répression des mouvements contestataires en invoquant l'inévitable «main de l'étranger», n'est plus crédible. Lorsque la véritable «main», qui a dessiné les contours du «nouveau Moyen-Orient», viendra frapper réellement à nos portes, il n'y aura alors pas grand monde pour y croire...



  • Mouloud Mammeri, passeur réel et symbolique

    L’Algérie actuelle salue la mémoire de celui qui a rendu ses lettres de noblesse au pays profond, à son  expression orale. Malgré les pressions (répressions), cette dernière se situe  désormais dans le champ de la culture nationale: tamazight est devenu langue officielle. On ne peut que s’en réjouir, comme on peut l’être aussi de la reconnaissance de la pensée de Mammeri. Mouloud Mammeri, avec Kateb Yacine, compte parmi les intellectuels les plus engagés dans le combat pour la reconnaissance de tamazight en Algérie. Cette détermination signifiait par là-même une mise en question de l'ordre politique – l'idéologie du parti unique – mais aussi la contestation de l'ordre social, puisque les Algériens ont, malgré eux, intériorisé les valeurs dominantes de la culture légitime et, par conséquent, en sont parvenus à oublier leur passé  et les soubassements qui fondent leur identité historique. Jalons biographiques Né le 28 décembre 1917 à Taourirt Mimoun. Salem, le père de Mouloud, est dépositaire de la tradition kabyle ancienne qu'il va transmettre à son fils aîné. Cette initiation sur le tas ne durera guère longtemps, puisque le jeune Mouloud sera arraché à sa famille pour aller à Rabat, chez son oncle. Il avait alors 11 ans et comptait parmi les rares «indigènes» à étudier le français dans la capitale du royaume. Après des études secondaires à Paris, il regagne l'Algérie. A Alger, il fréquente, le lycée Bugeaud et, plus tard, à Paris, le lycée Louis le Grand. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, Mammeri est mobilisé. C'est à cette période qu'il découvre de nombreux autres berbérophones engagés dans la guerre : des Chleuhs, des Rifains... Après sa démobilisation, il enseigne les lettres françaises dans un lycée à Médéa, puis à Ben Aknoun (en 1948). La prise de conscience de l’importance du fait berbère se fait sentir de façon lancinante, au Maroc, car il y découvre une multitude  de «parlers», de traditions, de pratiques culturelles en même temps qu’une population beaucoup plus importante par le nombre alors que l’Algérie avait beaucoup perdu de ses structures politiques et culturelles  surtout depuis 1871. Genèse d’une prise de conscience Dès 1937, il publie un article sur la société berbère dans la revue Agdal.  Déjà se dessine une volonté claire de faire découvrir, au monde, l’existence d’un monde berbère qui «persiste mais qui ne résiste pas». En 1950, il publie, dans la Revue Africaine, un autre article consacré à «l'évolution de la poésie kabyle». En 1949, Mammeri s’interroge avec six autres de ses camarades (dont Mostefai Chaouki ), à propos des moyens nécessaires pour «faire sortir» la France. Mais très vite,  la figure du romancier s’impose avec la Colline oubliée – qui  servira à ses détracteurs d’en faire un «traître» à la cause nationale. Le point de vue d’idéologues peu soucieux de vérité  ne le découragera pas, bien au contraire, il participe à l'élaboration du journal des Libéraux (L'Espoir) et écrit des lettres pour le FLN, à l’ONU, pour y dénoncer la torture (à la demande de M’hammed Yazid). Recherché par les parachutistes, il  se réfugie au Maroc. En 1962, il revient en Algérie pour y enseigner le français. C'est à partir de 1969 que Mammeri se consacre à l'étude des cultures amazighes, en tant que directeur du  CRAPE.  Quelles sont ces conditions sociales et politiques qui ont contribué à faire de Mammeri une figure emblématique : pont, passerelle ou symbole. Comment expliquer cet enracinement dans la culture ancestrale et l’attachement à  la civilisation de l’autre, si ce n’est une capacité d’adaptation à son temps, à son monde, d’où  cette détermination à défendre les siens. Situation inconfortable, au demeurant,  qui oblige à se faire pont, porte-parole, écrivain public pour faire exister, fût-ce de manière symbolique, un peuple «muet, sans nom». Mammeri représente cet alchimiste qui transforme la culture orale en culture savante et écrite, il  dote les sans-voix de parole. Ses recherches sur la culture orale (Isefra, Poèmes kabyles anciens, L’Ahellil, Cheikh Mohand), mais aussi autour de la langue permet de donner une légitimité à «un parler» discriminé en langue  docte (Tajerrumt, lexique français-touareg, Amawal ). Il serait faux de croire que l’engagement de Mouloud Mammeri n’était pas politique. Il avait l’ambition de  construire une culture digne de ce nom dans son pays dès les années cinquante. Il tentera de concilier, y compris dans l'enseignement, ses obligations professionnelles avec l'histoire. Ceux de ses élèves que nous avons connus par la suite témoigneront de son amour pour la version latine, la tragédie grecque, mais aussi sa capacité à instiller dans les jeunes esprits les qualités de Jugurtha. De sa société, Mammeri présente les meilleurs côtés et les autres, la résistance et l'anarchie. En 1982, après son départ en retraite administrative, il fonde un nouveau Centre, à Paris. C’est à la Maison des Sciences de l'Homme et à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, auprès de Pierre Bourdieu,  qu’il trouve un cadre approprié. Il s’engage dans la revue Awal et dans le Ceram (Centre d’études et de recherches amazighes) qu'il avait fondés sur la base du bénévolat.  L'ensemble de son activité trouve un écho retentissant dans cette revue (46 numéros depuis). Cependant, dans l'esprit du poète, il n'y a pas rupture, mais continuité, la lutte pour la libération de la langue et de la culture n’est que la suite logique de la libération réelle de l’Algérie.  Ce sont les Poèmes kabyles anciens,  qui retiennent ici l’attention par rapport au contexte de leur parution et à l’actualité, le glissement progressif puis décisif vers une orthodoxie de plus en plus orthodoxe. Comme si l’Algérie découvrait l’islam et comme si les Imazighens n’avaient pas eux-mêmes été les fers de lance de cette religion en Afrique.  Les imusnawens, ancêtres de Mammeri, et par conséquent les nôtres,  se distinguaient par une foi   et un esprit exemplaires : intégrationniste, pragmatique et ne pouvaient que s’opposer par le fond et par la forme  à l’intégrisme des années 1980, d’où ce «coup de tonnerre». Le déclencheur d’une révolution culturelle Cette œuvre invite en fait à changer le regard, à adopter une perception de la vie et de la religion.  Ce n’est pas un hasard qu’une conférence sur le sujet soit interdite à l’université de Tizi Ouzou et qu’elle ait  servi de détonateur, et Mammeri, le déclencheur d’une révolution culturelle. Cette dernière a en outre permis à toute une jeunesse assoiffée de liberté, d’expression politique,   d’en  faire  un véritable socle pour la revendication de l’identité culturelle nord-africaine. Revendication identitaire, certes, mais fondamentalement politique, puisqu’elle visait la fin du parti unique, les libertés démocratiques et l’égalité entre les hommes et les femmes. On peut comprendre dès lors comment  une recherche engagée, brisant des tabous, contribue à ouvrir la voie à une nouvelle définition de la culture,  à une  perception autre de l’individu  et, par la suite, d’une identité  plurielle de l’espace nord-africain  qui ne se réduit pas à l’islam malékite et à l’arabe savant.  Cette conception devrait être revisitée en fonction des vicissitudes historiques qui ont façonné l’Africain (e) du Nord   et non en fonction de la seule idéologie. Le réexamen du passé ne doit pas se faire dans le réductionnisme du baâth, mais au contraire tenir  compte des croyances, des influences, des métissages sans rien sacrifier au passé. C’était là le  projet initial (devenu rêve par la suite) de  l’élite du mouvement national. Habité par la diversité et le pluralisme de l’espace nord-africain, Mammeri  a en quelque sorte semé des graines qui ont fini par pousser au Maroc, en Libye, aux îles Canaries. Son œuvre relate une société en accord avec elle-même, maîtresse de son destin. Pour le lecteur, elle annonce une société en quête d'harmonie, qui permettra aux Algériens de se réconcilier avec leur être profond en récupérant les éléments occultés de leur culture. Mais parallèlement, sauvegarder et maîtriser sa culture, c'est assurément enrichir le patrimoine universel. C'est ce que vise la pensée Mammeri qui, passant par-delà les crêtes, embrasse le plus vaste espace. C'est dans cette perspective universaliste que s'inscrit, Le Banquet ou la mort absurde des Aztèques  : chant profond de tous les opprimés. Le Banquet, c'est, mené à son terme, le dessein exprimé dans Poèmes kabyles anciens, comme si la pensée de l'auteur portée par l'analyse de notre condition la plus authentique, débouchait sur la médiation de la commune condition des hommes. L'auteur était déjà intrinsèquement lié à sa société par la formation et par la volonté, distant par le regard critique.  Ne disait-il pas peu avant sa mort : «Les ghettos sécurisent et stérilisent à coup sûr !» L’Algérie actuelle salue la mémoire de celui qui a rendu ses lettres de noblesse au pays profond, à son  expression orale. Malgré les pressions (répressions), cette dernière se situe  désormais dans le champ de la culture nationale : tamazight est devenu langue officielle. On ne peut que s’en réjouir, comme on peut l’être aussi de la reconnaissance de la pensée de Mammeri. A l’instar des grands héros de la nation, il est honoré, célébré mais faudrait-il encore qu’il soit compris pour ce qu’il était vraiment… Un hétérodoxe, un amoureux de liberté, de justice et d’égalité.  Quant à l’œuvre, il faudrait être familier du mythe de Sisyphe, car elle recèle  bien des secrets. Pour être compris de l’asmusnaw, il faut transcender bien des  épreuves, en particulier celles qu’exigeait l’initiation ancestrale ;  car l’aspiration à la tamusni (la sagesse ou sophia) est source d’angoisses.                      



  • Un combat idéologique

    Le recul du touareg dans le Sahel est spectaculaire avec l’avancée du salafisme, comme est spectaculaire la progression du même salafisme jusque dans le village le plus haut perché du Djurdjura où la multiplication des hidjabs efface du quotidien la traditionnelle robe kabyle. Aujourd’hui plus que jamais, les questions identitaire et linguistique en Algérie ne sauraient être réduites à des questions techniques. C’est d’abord et avant tout une affaire politique, idéologique. Or, sur le terrain de l’identité et de la culture, les tenants de l’arabo-islamisme ont gagné la bataille idéologique pour des raisons sur lesquelles nous ne revenons pas ici. Leur victoire a été parachevée grâce à la récupération du capital du mouvement national, récupération réalisée notamment par le biais de l’Education nationale confiée au oulémiste Ahmed Taleb Ibrahimi. Gagner la bataille idéologique, c’est s’assurer de la légitimation sociale de son action et de la diabolisation de son adversaire. A présent, déconstruire l’imposture arabo-islamique, c’est rendre possibles d’autres alternatives. Dans son livre Gouverner au nom d’Allah, Boualam Sansal évoque ces années de l’après-indépendance où l’on regardait, incrédules, parfois avec amusement, voire condescendance, le mouvement islamiste partir à la conquête de la rue et des universités en s’appuyant sur une idéologie si rétrograde, si anachronique que son échec paraissait inéluctable. Il y a un peu de cette approche chez la mouvance amazighe, toutes tendances confondues, qui s’est peu penchée sur cette idéologie expansionniste aux ambitions planétaires alors que celle-ci déroule, aujourd’hui encore et sous nos yeux, un véritable rouleau compresseur en Afrique. Langues et cultures locales sont écrasées par une islamisation qui s’accompagne toujours d’arabisation. Au Nigeria, Boko Haram s’exprime en arabe. Le recul du touareg dans le Sahel est spectaculaire avec l’avancée du salafisme, comme est spectaculaire la progression du même salafisme jusque dans le village le plus haut perché du Djurdjura où la multiplication des hidjabs efface du quotidien la traditionnelle robe kabyle. Ayant été la cible, en 1952, d'une campagne calomnieuse menée par Le Jeune Musulman d’Ahmed Taleb Ibrahimi contre son premier roman, Mouloud Mammeri est une des rares exceptions à avoir pris la mesure du phénomène arabo-islamique. Dans son dernier livre consacré à Ccix Mu end, il range, suivant les critères de Max Weber, Djamal Eddine Al Afghani dans la lignée des prophètes, prenant ainsi en compte et, à sa juste valeur, l’énorme travail intellectuel accompli par des idéologues musulmans qui ont eu à s’imposer face à la domination occidentale. Les dirigeants de l’association des oulémas qui ont importé cette idéologie en Algérie, se sont contentés, quant à eux, de se positionner en relais, en simples caisses de résonance, reprenant à leur compte jusqu’au nom de Nahda, oubliant, et même combattant, toute spécificité nationale, c’est-à-dire l’amazighité, à l’inverse de ce qui s’est passé en Iran ou en Turquie, pays fiers de leur passé et de leurs cultures nationales. Les Oulémas qui ont combattu l’assimilation par la culture française l’on remplacée par une autre assimilation, arabo-islamiste, celle-là. La naissance du mouvement oulémiste en Algérie est concomitante de l’émergence de l’idée nationaliste moderne, les deux mouvements évolueront en parallèle et s’opposeront à maintes reprises, notamment sur la question du rattachement de l’Algérie à la France, position soutenue par les Oulémas. Ce problème se posera notamment après le meeting du 2 août 1936 à Alger où deux dirigeants de l’Etoile nord-africaine, Messali Hadj et Messaoui Rabah, prendront la parole devant la foule qui les acclama. Messali s’exprima en arabe populaire et Messaoui dans «notre langue nationale, le kabyle», selon les termes du présentateur. Dans ses mémoires, Messali rapporte qu’il a été vivement repris par un orateur oulémiste pour avoir dit que la terre algérienne n’était pas à vendre et qu’elle ne devait être rattachée à personne. En réplique à ces affirmations perçues comme autant d’attaques contre son mouvement, le leader oulémiste tonna : «Comment un pigeon sans ailes pourrait-il s’envoler vers les cieux ?» A la suite de ce meeting, Messali entreprend une tournée très réussie dans l’Algérois. Oulémas contre le mouvement indépendantiste Echaudé par l’écho que rencontre l’idée de l’indépendance dans les meetings de Messali, le sous-préfet de Constantine interdit toute réunion publique à la délégation du Congrès musulman à laquelle s’était joint Messali. Ce dernier rapporte dans ses mémoires comment sa proposition de protestation contre cette interdiction essuya le refus de Bachir El Ibrahimi. Il ne put même pas trouver une salle pour y tenir un meeting en privé. Constantine, ville acquise aux Oulémas, est restée fermée au leader indépendantiste. Il dut se contenter d’une réunion dans un café-restaurant avec une poignée de militants. Cet échec à Constantine contraste avec les succès qui venaient d’être enregistrés dans l’Algérois et ceux remportés en Kabylie en dépit du handicap linguistique qui conduit Messali à employer dans ses meetings «l’arabe et français pour permettre à tout le monde [des auditeurs par milliers] de bien comprendre», nous dit le leader de l’ENA. Naturellement, ce ne sont pas les activités des Oulémas en faveur de l’islam ou de l’arabisation, systématiquement saluées par Messali, qui l’opposent aux Oulémas mais leur dangereuse «position antinationale», ainsi qu’il l’explique à ses militants de Constantine. Toujours dans ses mémoires, le dirigeant de l’ENA considère que les Oulémas étaient utilisés contre le mouvement indépendantiste par l’administration coloniale entre les mains de laquelle ils «étaient devenus des jouets». Chacun sait que le courant des Oulémas ne s’est rallié à l’idée d’indépendance que deux ans après le déclenchement de la guerre de Libération et que, si l’on en croit Ahmed Ben Bella, Bachir El Ibrahimi aurait été condamné à mort par le FLN, sentence non exécutée eu égard à l’âge avancé du condamné, toujours selon l’ancien président. Il faut cependant se garder de conclusions hâtives qui seraient erronées, cette ligne est dictée par les orientations idéologiques qui fondent le mouvement des Oulémas. Ceux-ci considèrent que la seule nation qui vaille la peine d’être défendue est la supra nation «oumma» islamique en dehors de laquelle rien n’a de sens. Ainsi Ben Badis fut-il tenté un moment par le modèle de l’apartheid appliqué en Afrique du Sud comme alternative au régime algérien. De son côté, l’intellectuel islamiste Malek Bennabi, dissertant en 1951 sur la «colonisabilité», assimilait le mot d’ordre «à bas le colonialisme» à une «vocifération de foire», voire une trahison, et considérait que fixer des frontières en parlant de «problème algérien» relevait de l’égarement. Ce discours qui avait choqué en son temps possède une cohérence, celle de ceux qui considèrent que la religion, plus précisément l’islam et, pour être encore plus précis, leur conception de l’islam est une vérité absolue qui doit être l’alpha et l’oméga de toute entreprise humaine. Pour Bennabi qui ne trouvait rien dans l’histoire des Berbères qui fût «digne d’intérêt», Jugurtha qui a vécu plusieurs siècles avant l’islam ne pouvait constituer un modèle qui puisse inspirer un sentiment de résistance à la domination coloniale. Bennabi était inapte à comprendre le cri de révolte de Jean Amrouche : «Nous sommes dix-huit millions de Jugurtha !» lancé au nom de tous les Nord-Africains au lendemain des massacres dans le Sétifois. Une récente polémique opposant Ahmed Taleb Ibrahimi à Belaïd Abdeslam qui a fait du reniement de son amazighité un élément structurant de sa carrière politique vient opportunément relancer ce débat. Contre toute attente, Belaïd Abdeslam, surtout connu pour ses sorties contre les «laïco-assimilationnistes», éreinte dans son dernier livre les Oulémas en général et Ahmed Taleb Ibrahimi en particulier qu’il décrit comme un personnage obséquieux coupable de s’être servi de l’arabisation pour renforcer l’emprise des Oulémas sur le ministère de l’Education lorsque ce dernier en avait la charge. C’est ce qui valut à Ahmed Taleb d’être limogé par Boumediène et d’être remplacé par Mostefa Lacheraf, selon Abdeslam. Celui-ci ajoute que Boumediène aurait dit à Ahmed Taleb que «l’Algérie moderne avait été l’œuvre et la création de la génération qui l’avait libérée et qu’elle n’avait été aucunement le résultat de l’entreprise du Cheikh Ben Badis ou des Oulémas». Belaïd Abdeslam, qui n’épargne ni le fils ni le père Ibrahimi, affirme que ce dernier, alors au Caire, aurait accueilli le premier novembre 1954 comme «l’annonce d’une catastrophe». Dans sa très longue contribution parue dans Le Soir d’Algérie, Ahmed Taleb Ibrahimi «répond à côté» aux allégations d’Abdeslam. Sur la question de l’indépendance nationale, point essentiel de légitimation de l’entreprise des Oulémas, Ahmed Taleb affirme que rien n’opposait les militants du PPA et ceux des Oulémas. Or, nous venons de voir ce qu’il en était, selon le leader même du PPA. Par ailleurs, Ahmed Taleb écrit que les Oulémas ont accompli un travail fondamental en faveur de la sauvegarde de l’identité algérienne, point sur lequel il revient à plusieurs reprises dans son texte. Dans Les Mémoires d’un combattant, Hocine Aït Ahmed, alors qu’il venait de prendre le maquis en 1945, s’est dit blessé par des mots de Bachir Ibrahimi qualifiant le kabyle de langue qui écorchait les oreilles. Pour ne pas prêter flanc aux mêmes critiques formulées par Ahmed Taleb envers Abdeslam à qui il reproche de s’en prendre à son père sans le citer dans le texte, voici les extraits des propos de Bachir Ibrahimi traduits par M. Tilmatine : «Quelle est cette voix discordante qui nous écorche les oreilles de temps à autre … Quelle est cette voix hideuse qui s'est élevée il y a quelques années à la radio algérienne en diffusant des informations et des chansons en kabyle... La vérité est que la nation est arabe, et que les Kabyles sont des musulmans arabes, leur livre, le Coran, c'est en arabe qu'ils le lisent et ils écrivent en arabe et ne veulent d'alternative ni à leur religion ni à leur langue [l’arabe]...».Notons que Bachir Ibrahimi n’attaque pas le français, mais le kabyle qui n’aurait pas sa place à la radio. Le kabyle qui, à ses yeux n’est même pas une langue, mais une simple voix hideuse. Partisan forcené du reniement de l’amazighité de l’Algérie et par voie de conséquence adepte inconditionnel de l’assimilation arabo-islamique, Bachir Ibrahimi s’acharne à effacer toute trace d’authenticité identitaire à même de mettre à nu son imposture. Réfugié au Caire pendant la guerre, les délicates oreilles du «savant» n’ont pas été écorchées par des «voix hideuses». Celles amazighes des Aurès, amazighes du Djurdjura, amazighes du Chenoua et de bien d’autres régions encore, toutes celles des jeunes maquisards qui, par centaines de milliers, tombèrent en versant leur sang pour libérer leur patrie. C’est pour cet «apport fondamental» des Oulémas à l’identité algérienne dont nous venons de voir un échantillon qu’Ahmed Taleb sollicite notre reconnaissance dans sa longue contribution. Dans ce texte que parcourent du début à la fin les mots islam, arabe, Oulémas, identité algérienne, Ahmed Taleb omet mentionner, ne fût-ce qu’une seule fois, le mot amazigh… Que par piété filiale Ahmed Taleb ait voulu épargner, même dans l’au-delà, la «hideuse» sonorité du mot amazigh aux oreilles de son «révéré» père est, certes, plausible, mais ce que révèle surtout une telle licence par rapport à la vérité historique, ce sont la considération, le crédit qu’accordent les hommes du sérail à la «réhabilitation» constitutionnelle du tamazight promu au rang de langue officielle, et le sort qu’ils entendent lui réserver.