Les canons d’Alger et le vénérable Baba Merzoug
1) Comment effacer la présence de ces 1000 canons en bronze, qui ont longtemps assuré la défense d'Alger et protégé la cité bien gardée de cette partie du Bassin Méditerranéen... ? Ces canons imposants, témoins de l’histoire militaire d'Alger, ont marqué l’admiration des armées coloniales arrivées en conquérantes. Une grande partie de cette artillerie lourde a fini sa vie dans les fonderies de Dar Enhass, une sorte de châtiment pour avoir imposé la crainte et l’effroi aux armées de Charles Quint, des royaumes du Danemark et de Hollande. Pour « apprivoiser » ces armes de guerre à la cause de la protection d'Alger, on les baptisait avec des noms qui portaient chance, censés attirer la bonne fortune.
2) Des inscriptions, souvent inspirées du Coran, étaient gravées sur les canons pour leur donner une âme et un esprit protecteur. Ces épitaphes glorifiaient les princes et les artisans qui les avaient conçus. On lisait sur certaines de ces pièces : « O Toi qui domptes les opiniâtres, soumets-nous ceux qui résistent. Toi qui inspires les sages desseins, ouvre-nous la porte de la victoire. » Ou encore : « O mon Dieu, le meilleur des soutiens, secours-nous contre les infidèles. Quiconque fait du bien à un de nos frères et se conforme aux ordres du Prophète... à celui-ci les jardins du paradis et les eaux du Kawther ! » Parmi ces légendes, on retient celle du légendaire Baba Merzoug, un canon monumental de 12 tonnes, surnommé le « Père Béni ». Pendant des décennies, il a dissuadé toutes les flottes ennemies qui tentaient de violer la baie d’Alger.